Thom Hartmann et la théorie « Hunter-type »

Depuis que j’approfondis mes recherches sur le TDAH, j’ai toujours une question qui me revient. Est-il vraiment envisageable qu’entre 5 et 9% de la population soit atteinte d’un dysfonctionnement cognitif?

Il est effectivement estimé que c’est le nombre de personnes atteintes de TDAH. Imaginez au Québec, à 5%, cela fait près de 400 000 personnes, au Canada, 1,9 millions, et en France, 3 350 000 personnes. N’est-ce pas un peu bizarre de penser qu’autant de personnes n’aient pas un cerveau fonctionnel à 100%?

La théorie des fermiers et des chasseurs

C’est alors que je suis tombée sur une idée très intéressante que je vous présente aujourd’hui : la théorie des fermiers et des chasseurs. Cette dernière à été mise de l’avant par Thom Hartmann dans son livre paru en 1993 « Attention Deficit Disorder : A Different Perception ». À ma connaissance, ce livre n’a malheureusement jamais été traduit en français, ni dans sa version originale, ni celle révisée de 2019.

Pourtant, il apporte un regard nouveau et très intéressant sur le déficit d’attention.  Il décrit ce lui-ci comme une différente manière de penser et de percevoir le monde et non comme un trouble. Le TDAH devient pour lui un différent neuro-type, tout comme le sont les troubles du spectre de l’autisme (TSA). 

Société de chasseurs vs société agricole

En fait, Thom Hartmann soutient que les différentes caractéristiques décrivant les personnes atteintes de TDAH seraient des qualités primordiales dans un monde de chasseurs-cueilleurs. Par conséquent, ce n’est que la confrontation de ces qualités avec celles requises pour fonctionner dans un monde de « fermiers » qui en fait un trouble.

Je m’explique. Il y a de cela des dizaines de milliers d’années, toute la population humaine était composée de sociétés basées sur la chasse et la cueillette. Les qualités principales d’un bon chasseur étaient les suivantes :

  • Capacité d’être constamment à l’affut de son environnement;
  • Capacité de s’investir totalement dans la chasse sur une courte période mais avec un degré  d’attention et d’activité intense (hyper-focus);
  • Flexibilité et adaptabilité pour être capable de changer de plan rapidement;
  • Capacité à faire face au danger et aux situations risquées.

De plus, lors de la chasse, la notion du temps est totalement différente; chaque seconde compte et si on réussit, la gratification est immédiate.

Cela ne vous fait-il pas penser aux caractéristiques de quelqu’un atteint de déficit d’attention?

Les bases de la théorie « Hunter-type »

Au moment où l’agriculture a commencé à devenir la base de la civilisation, les humains se sont adaptés et de nouvelles caractéristiques cognitives qui ont pris la priorité sur les anciennes. Lorsque les récoltes sont devenues la base de la subsistance, il a fallu développer une capacité de planification à long terme pour s’occuper des plantations et de la ferme.  Une attention soutenue est devenue une qualité essentielle pour protéger ses récoltes des insectes ou des sursauts de la météo. De plus, la capacité de fournir un effort constant sur une longue période était essentielle, sans quoi on allait perdre la récolte et risquer de mourir de faim l’hiver suivant. La grande majorité de la population s’est adaptée et, ces qualités se sont transmises de génération en génération pour devenir la norme. Elles sont devenues les qualités primordiales pour bien réussir dans notre société agricole.

Les chasseurs de notre époque

De nos jours, il ne reste pratiquement plus de tribus de chasseurs-cueilleurs. Elles ont malheureusement, pour la plupart, été exterminées. Toutefois, dans chaque société, il y a des gens qui se démarquent par leur pensée créatrice vive, leur goût pour le risque et l’aventure, leur appétit pour l’entrepreneuriat. Il s’agit de nos chasseurs modernes et ces derniers possèdent souvent des caractéristiques de TDAH.  

Thom Hartmann va même jusqu’à suggérer qu’il y ait plus de personnes de type chasseur (hunter-type) en Amérique qu’en Europe. Il explique sa théorie principalement en considérant les dangers que comportait la traversée de l’Atlantique et la vie risquée que vivaient les colons sur les terres amérindiennes. Il est vrai que si l’on remonte seulement quelques siècles en arrière, en Amérique, les coureurs des bois avaient certainement une pensée s’apparentant à celle des chasseurs-cueilleurs.

Hartmann a été rencontrer plusieurs de ces dernières tribus de chasseurs-cueilleurs pour étayer sa théorie. Il semblerait qu’effectivement, un grand nombre de leur population adulte corresponde avec les caractéristiques que nous appelons « Trouble du déficit de l’attention et hyperactivité ». 

L’intérêt de cette théorie pour les TDAH

Les lunettes que nous propose Hartmann transforment totalement notre vision du TDAH. Cette conception, très positive, transforme le « Trouble » en « Capacités » différentes. Selon lui, toute personne vivant avec le TDAH peut transformer ses « défauts » en « forces » sur lesquelles miser. Il nous apprend comment les utiliser et à quel moment. 

Ainsi, en apprenant comment travailler et s’organiser selon les forces qui découle de ce neuro-type, les personnes vivant cette réalité peuvent devenir pleinement elles-mêmes. Elles commencent à vivre une vie plus satisfaisante en cessant de toujours se considérer incapable ou inapte à la vie quotidienne. 

Mon opinion sur cette théorie

Je dois vous avouer que lorsque que j’ai entendu parler de cette théorie, au départ, j’ai eu l’impression qu’elle excluait les femmes. Il est vrai qu’on perçoit traditionnellement les chasseurs comme étant des hommes. Toutefois, de plus en plus de recherches nous démontrent que, dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, les rôles n’étaient pas aussi définis et plusieurs femmes étaient chasseuses ou guerrières.

Cette théorie s’est précisée et a gagné en crédibilité au fil des ans, principalement lorsqu’il a été reconnu que le TDAH a une composante génétique et qu’il se transmet de génération en génération.  Je la considère donc très plausible.

De plus, j’adore l’idée de sortir de la notion de « trouble », de l’étiquette « défectueux », qui accompagne souvent les enfants et les adultes vivant cette réalité. Elle met en valeur toutes les caractéristiques positives et nous apprend comment on peut les utiliser pour créer une vie plus riche et épanouie.

Et c’est ce qui est le plus important! Qu’en pensez-vous?

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1 thought on “Thom Hartmann et la théorie « Hunter-type »

  1. Emmanuelle, c’est un rapprochement audacieux que tu fais entre entrepreneuriat, génétique, anthropologie et TDAH. Je suis heureuse de découvrir ton texte et ta mission de ton blogue. Bravo.

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